Partie 1 – Les premiers occupants

La plus vieille carte détaillant la pointe d’Argentenay par le Sieur Robert de Villeneuve en 1686

Il y avait des habitants sur l’Île d’Orléans lorsque les premiers Européens sont arrivés. On ne saura cependant peu de choses des premiers occupants de la pointe d’Argentenay avant la période historique tant que des fouilles archéologiques n’auront pas été entreprises.

Figure 1

Cette pointe de l’île en particulier est reconnue pour son potentiel archéologique amérindien selon l’étude Ruralys de 2011, (référence 1).  Les zones ombragées sur la Figure 1 ci-contre, illustrent les zones à potentiel archéologique.

A ce jour les quelques sondages effectués suggèrent une fréquentation entre les années 500 avant notre ère et les années 1000. Fait remarquable, Jacques Cartier en remontant le fleuve en 1535 est venu mettre l’ancre à la pointe d’Argentenay du 7 au 14 septembre 1535. ll apporte quelques précisions sur l’île et ses occupants. Il est donc le premier Européen connu à avoir contemplé la pointe d’Argentenay.

Extrait d’un récit de Cartier repris par Michel Lessard, dans son livre, L’Île d’Orléans:

… nous partimes de la dite île (aux Coudres) pour aller à mont du dit fleuve et vinmes à quatorze îles qui étaient distantes de la dite île es Coudres de sept à huit lieux, qui est le commencement de la terre et province du Canada : desquelles il y en a une grande qui a environ dix lieux le long et cinq de large, en laquelle il y a des gens demeurants qui font grande pêcherie de tous les poissons qui sont dedans le dit fleuve selon leur saison.

Nous étant posés et à l’ancre entre icelle grande île et la terre du nord, allâmes à terre…et trouvâmes plusieurs gens du pays….lesquels nous apportaient force anguilles et autres poissons, avec deux ou trois charges de gros mil, qui est le pain de quoi ils vivent en la dite terre, et plusieurs gros melons…
Quelques jours plus tard :…et nous étant à la dite île la trouvâmes pleine de fort beaux arbres comme chênes, ormes et autres bois de la sorte des nôtres….

Figure 2

Cette représentation qu’a faite, vers 1900, le peintre Horatio Walker de l’arrivée de Jacques Cartier devant la pointe d’Argentenay(figure 2 ci-haut) est illustrée dans le livre de Pierre-Georges Roy sur l’Île d’Orléans publié en 1928. Elle est d’autant plus pertinente que ce peintre de l’île venait régulièrement, comme bien d’autres artistes de son époque, à la ferme des Sanschagrin, attirés par la beauté du paysage à la Pointe d’Argentenay.

L’exploitation agricole du lot 190 du XVIIeme au XVIIIeme siècle

L’histoire de l’agriculture sur la pointe commence avec les premières concessions accordées par Marie-Barbe d’Ailleboust, veuve de Louis d’Ailleboust de Coulonge et d’Argentenay; ce dernier avait obtenu la concession de ce qu’il appellera le fief d’Argentenay du nom de son village natal en Champagne, France.

Le livre de Léon Roy, Les terres de l’Île d’Orléans, 1650-1725, précise que la concession de ce que deviendront les lots 190-191 a été attribuée le 20 août 1669 en faveur de Maurice Arrivé. La mise en valeur de la terre concédée débute donc dès le XVIIeeme siècle.

Une copie de la carte de 1689 de Villeneuve permet, elle, de situer les propriétaires des bâtiments sur la pointe d’Argentenay dont ceux de Maurice Arrivé, tout à l’est de la pointe, Fig. 3, ci-dessous :

Figure 3

Le déboisement et la mise en culture sont rapides puisque le recensement de 1681 fait mention de 7 arpents (mis) en valeur sur le lot de Maurice Arrivé; en 1714 on mentionne 20 arpents de terre labourable puis 30 arpents en 1725 avec maison, grange et étable. L’obligation imposée au censitaire d’avoir feu & lieu sur la concession a donc bien été respectée par Maurice et son fils Simon.

La carte de Gédéon de Catalogne détaille les concessions accordées sur l’île d’Orléans en 1709. La Figure 4, détaille les concessions de la pointe d’Argentenay avec leur orientation particulière. La terre de Maurice Arrivé (Larivé sur le plan) est visible, suivie vers l’ouest des autres concessions qui n’ont pas changé significativement depuis, dont les descendants dans certains cas en assurent toujours l’exploitation.

Figure 4

Le remarquable livre de Bernard Audet Avoir feu et lieu dans l’Île d’Orléans au XVIIeme siècle permet par l’étude de nombreux inventaires de confirmer que le ‘blé français’ était la culture principale sur plus de la moitié de la surface des terres suivie par celles des pois et de l’avoine. On verra dans une capsule suivante que cela sera différent au XIXeme siècle.

Vers 1728 la concession passe à la famille Quemeneur dit Laflamme, François, puis à son fils Jean-Baptiste. Ce sont eux qui ont poursuivi le déboisement et la mise en culture de la terre puisque ce dernier n’est décédé qu’en 1767. Lors de la Conquête en 1759, la terre était cultivée sur plus de la moitié du lot 190 actuel. Peu de temps après, le général James Murray a fait dresser une carte très exacte de toute la Nouvelle-France où les terres cultivées, les bâtiments et les habitations sont détaillés; même le nombre d’hommes en état de porter les armes y est précisé (74 à St-François)! La crainte des Anglais à cette époque était de voir la Nouvelle-France revenir à la France au traité de Paris en 1763. La pointe d’Argentenay de cette carte immense est représentée sur la Figure 5 à la page suivante. Étant donnée la précision des contours, il a été possible de superposer assez précisément les dimensions et la forme du lot 190 de 95 arpents tel qu’il figure présentement au cadastre municipal.

Comme la carte de Murray distingue les surfaces cultivées des surfaces boisées (figure 5), on peut voir que le lot 190 était cultivé en majeure partie en 1761-2 à l’exception de la bande boisée à l’est et au sud où relief est plus en pente. La carte confirme de ce fait la préservation au XVIIIeme de la forêt d’origine sur une partie du lot 190 et sur tout le lot 191 appartenant maintenant à Conservation Nature Canada.

Figure 5

La Conquête semble avoir affecté la chaîne des propriétaires exploitants de la concession qui n’a pas encore été établie systématiquement mais un inventaire par le notaire Crespin en 1792 indique que Pierre Martineau possède le premier lot de 7 arpents 6 pieds de front sur la pointe d’Argentenay; on sait par ailleurs que des liens d’alliance-héritage entre les familles Quémeneur et Martineau ont existé. Finalement, c’est quelques années après, vers 1797, que le lot passe à la célèbre famille des LaSalle dit Sanschagrin qui eux exploiteront la terre sur plus d’un siècle.

Mais la suite sera pour la prochaine capsule!

Référence 1 : Etude du potentiel archéologique, Île d’Orléans, Ruralys, juin 2011.

Michel Gauthier et Jean Rompré
@Coalition citoyenne pour la sauvegarde de la Pointe d’Argentenay