Coalition citoyenne pour la sauvegarde de la Pointe d'Argentenay de l'île d'Orléans

La Coalition plaide avec force devant la CPTAQ

En audience publique, la Coalition présentait le mercredi 20 mars devant la Commission un argumentaire solide contredisant plusieurs des affirmations faites jusqu’ici par le promoteur Huttopia et ses codemandeurs (Municipalité de Saint-François et MRC) en regard du projet de village récréotouristique à la Pointe d’Argentenay. Il fut en effet démontré, expertises à l’appui, que rien ne venait corroborer des affirmations telles que:

  • les sols du lot visé par Huttopia (lot 190) ont un piètre potentiel agricole (1);
  • très peu d’arbres seront coupés lors de l’installation des 122 emplacements de camping;
  • les activités de plusieurs centaines de villégiateurs n’auront pas d’effet sur les résidents et les agriculteurs voisins (1);
  • le village de Saint-François est dévitalisé.

Ainsi donc, les porte-parole et procureures de la Coalition de même que les présentateurs de mémoires et de témoignages ont mis en évidence plusieurs faits troublants concernant Huttopia.

  • Le projet est non conforme au zonage municipal et au schéma d’aménagement; il est également en contradiction avec le plan de développement de la zone agricole et de l’énoncé de vision stratégique de la MRC, lequel prévoit plutôt de développer une offre commerciale d’appoint et des microentreprises (2);
  • Selon les expertises déposées, il est vraisemblable
    • que les sols forestiers souffriront du piétinement et qu’ils seront difficilement récupérables pour l’agriculture (3,4);
    • qu’un déboisement, particulièrement dans cette ceinture forestière protectrice qu’est la forêt Argentenay, aura des effets néfastes sur l’écologie du milieu et sur les activités agricoles du secteur (3,4,5);
    • que le puisement de l’eau souterraine nécessaire aux activités du village pourrait affecter à plus ou moins long terme sa disponibilité pour les résidents et les agriculteurs voisins (4).
  • Certaines études révèlent de plus que, contrairement à ce qui est affirmé dans l’analyse des sols soumise par Huttopia à la Commission, les sols du lot 190, du moins sur cette partie actuellement en friche, sont de même nature et d’une topographie semblable à ceux des lots voisins sur lesquels prospèrent plusieurs fermes (6).  Il y est également fait état des éventuelles difficultés que pourraient rencontrer les agriculteurs pour respecter les normes de santé et de salubrité qui sont nécessaires au maintien de leurs certifications, lesquelles imposent de sévères restrictions pour l’accès aux champs.
  • Quant à la prétendue dévitalisation, les données de l’Institut de la statistique du Québec placent au contraire Saint-François dans le deuxième quintile de l’indice de vitalité économique des territoires (7).

Ces considérations, et bien d’autres encore qui seront exposées sur ce site ultérieurement mais également sur d’autres tribunes, amènent à penser que le projet, malgré sa valeur intrinsèque, n’a pas sa place dans cette forêt unique logée en pleine zone agricole.

Les documents cités dans les notes, de même que tous ceux déposés à la Commission (CPTAQ) par la Coalition, apparaissent sur ce site à l’onglet « Documents ».

  1. Procès verbal de la séance ordinaire du Conseil de la MRC de l’Île d’Orléans tenue le 17 janvier 2018.
  2. Caroline Roberge, Observations sur le projet Huttopia à la Pointe d’Argentenay eu égard aux documents d’urbanisme locaux et régionaux (418882), 6 mars 2019.
  3. Kim Marineau, Évaluation sommaire des impacts du projet Huttopia sur les milieux naturels de la Pointe d’Argentenay, Île d’Orléans. Rapport final présenté à la Coalition pour la sauvegarde de la Pointe d’Argentenay, février 2019, 32 p.
  4. Gaston Déry, Le projet Huttopia et son impact potentiel sur la ressource EAU de la pointe d’Argentenay, février 2019, 18 p.
  5. PRO FORÊT consultants, Superficie estimée de déboisement Huttopia, 2019
  6. Valérie Lemelin, Lot 190:  Un lot intéressant pour un agriculteur, présentation faite à la CPTAQ lors des audiences du 20 mars 2109.
  7. ISQ, Tableau/Indice de vitalité économique 2016, Capitale nationale (région 03).

Autres documents:

Art et identité nationale

Dans ce quatrième volet de l’histoire de la Pointe d’Argentenay intitulé La Pointe d’Argentenay: Lieu d’inspiration des artistes et de création d’une identité nationale, Arthur Plumpton, avec la collaboration de Michel Gauthier et Jean Rompré, met en relief le rôle qu’a joué la Famille Sanschagrin de la Pointe d’Argentenay en faisant se rencontrer chez lui des artistes canadiens du courant régionaliste. La plupart d’entre eux, tels les peintres Horatio Walker, William Brymner, Maurice Cullen, Edmond Dyonnet et bien d’autres, vont marquer l’histoire de la peinture canadienne. On pourrait presque affirmer que la Pointe d’Argentenay a  été le creuset d’un mouvement qui a non seulement influencé profondément la peinture de l’époque, mais a laissé de nombreux descendants dont on célèbre aujourd’hui la présence significative dans l’histoire de l’art du Québec (Clarence Gagnon, Marc-Aurèle Fortin, Suzor-Côté, etc.).

Nous sommes heureux de partager avec vous cet autre volet de l’histoire de la Pointe d’Argentenay qui ajoute une nouvelle couche de compréhension à cette volonté de sauvegarde d’un lieu mythique.

L’eau de l’Île – L’eau sous nos pieds

L’eau sous nos pieds

« L’approvisionnement en eau est un enjeu problématique à l’échelle globale de l’Île d’Orléans, à la fois pour le secteur municipal et le secteur agricole » (1)

À l’île d’Orléans, les résidents tirent leur eau essentiellement du sous-sol à l’aide de puits de surface ou de puits artésiens. En agriculture, et particulièrement en horticulture, les besoins en eau pour l’irrigation sont comblés par plusieurs centaines d’étangs artificiels creusés çà et là sur le territoire. Ces étangs sont alimentés par l’eau de ruissellement, l’eau souterraine résurgente ou affleurante ou encore par des petits cours d’eau. C’est donc dire que les réserves d’eau souterraine sont particulièrement sollicitées sur le territoire de l’Île et à Saint-François.

Réserve souterraine

Sur le territoire orléanais, en général, c’est la roche sédimentaire (l’aquifère) qui, sous une faible épaisseur de sol meuble, abrite l’eau dans ses fissures. L’aquifère se recharge soit par sa partie supérieure (ruissellement après la pluie ou la fonte des neiges, cours d’eau), soit sous la surface (nappes voisines, etc.). On comprend donc que les prélèvements d’eau à l’intérieur d’un aquifère ne doivent pas, au minimum, excéder sa capacité à se réapprovisionner en eau. On comprend aussi qu’en période de sécheresse estivale, faute de recharge, la nappe phréatique (l’eau emprisonnée dans la roche) puisse baisser considérablement, parfois jusqu’à l’assèchement des puits. Ajoutons à ces considérations que si le sol en surface est boisé, le phénomène d’évapotranspiration (2) peut contribuer de façon significative, surtout si la température est élevée, à diminuer ou même stopper la recharge d’un l’aquifère.

Figure 1

« […] si le pompage est suffisamment rapide ou dure suffisamment longtemps […] une partie de l’eau de surface peut aussi être attirée vers l’aquifère sous forme de recharge induite et pourra finir par être pompée du puits. Cette situation n’est habituellement pas problématique avec les puits résidentiels privés, mais peut le devenir dans le cas des puits de plus grande capacité utilisés par une municipalité ou une installation industrielle ». (3)

Effets à distance

Puiser de l’eau souterraine provoque un abaissement localisé de la surface de la nappe (surface piézométrique). Dans un puits artésien par exemple, cet abaissement prend la forme d’un cône que l’on appelle cône de rabattement qui est centré par rapport à la verticale du puits (voir la figure 1). Évidemment, le pompage d’un puits ayant cessé, la nappe retrouve son niveau antérieur à plus ou moins long terme, selon sa durée, la quantité d’eau extraite et sa capacité de recharge; ce qui est vrai pour des pompages modérés. Dans le cas de pompage excessif et/ou à long terme, la surface de la nappe peut ne jamais retrouver sa hauteur d’origine et s’abaisser graduellement au fil du temps. On sait par ailleurs que le rabattement peut s’étendre sur de longues distances à tel point qu’il peut influencer la disponibilité de l’eau dans des puits voisins en autant, bien entendu, que ces derniers puisent à la même nappe. On sait aussi que des nappes souterraines peuvent s’échanger de l’eau entre elles; ainsi, en milieu côtier, une nappe d’eau salée peut servir à alimenter une nappe d’eau douce surtout si la première est particulièrement sollicitée.

Effets prévisibles du puisement d’un grand volume d’eau en été

Que dire alors, comme ce sera sans doute le cas pour le village récréotouristique Huttopia à la Pointe d’Argentenay de l’Île d’Orléans, d’un prélèvement d’eau de grand volume, en plein été, sur un site essentiellement boisé? En fait nous n’en savons trop rien malgré de bien légitimes inquiétudes. Car pour répondre définitivement à cette question, il faudrait impérativement procéder, en été, à des essais de pompage sur une longue période qui tiennent compte des effets à distance, ce qui de toute évidence ne fut pas fait.

Références:

  1. Mylène Généreux et al., Programme canadien d’adaptation agricole, Rapport final, Étude de faisabilité technique de l’utilisation de l’eau du fleuve pour l’irrigation des cultures horticoles de l’Île d’Orléans, janvier 2014.
  2. L’évapotranspiration résulte de deux phénomènes : l’évaporation, qui est un phénomène purement physique, et la transpiration des plantes. La recharge des nappes phréatiques par les précipitations tombant en période d’activité du couvert végétal peut être limitée. En effet, la majorité de l’eau est évapotranspirée par la végétation. D’après Dictionnaire environnement / actu-environnement.com.
  3. Source : MAAAR (Ontario), Eaux souterraines – Une ressource rurale importante / Gérer les réserves d’eau souterraines, fiche technique, révision nov. 2018.