L’eau de l’Île II – Nouvelle expertise, peu de réponses

Nouvelle expertise, peu de réponses

Dans le premier volet de la suite L’eau de l’Île (1), nous évoquions un certain nombre de questions jusqu’ici restées sans réponses. Quel sera exactement le volume d’eau nécessaire à l’alimentation du village récréotouristique Huttopia? Un tel prélèvement d’eau souterraine va-t-il affecter les puits des résidences voisines et les étangs artificiels des agriculteurs?

Le rapport tout récemment déposé par Huttopia (2) n’a rien pour apaiser nos craintes. Les essais de pompage à l’origine du rapport ont en effet été réalisés en décembre 2017. Or, normalement, l’aquifère a retrouvé une partie de son contenu en eau à cette période de l’année à cause notamment des pluies automnales et de la cessation de l’évapotranspiration; cette année-là justement, les pluies ont été abondantes en automne. Les essais ne sont donc pas représentatifs de la situation qui prévaut généralement en plein été, surtout par temps chaud et sec.

De plus, les besoins en eau semblent sous-évalués. Selon une étude réalisée pour le compte de la Communauté métropolitaine de Québec, la consommation annuelle de la municipalité de Saint-François, qui compte 508 résidents, serait évaluée à 97 978 m3/an (3). Considérant le nombre maximal de personnes dans l’éventuel village d’Huttopia (autour de 400 selon les prévisions révisées du promoteur) et tenant compte de la durée d’opération du site (4 mois), nous nous attendrions à une consommation d’environ 25 000 m3/période de 4 mois. Or, les besoins estimés dans le rapport s’élèvent à seulement 7 200 m3/période, ce qui est loin du compte.

Également, et c’est sans doute là un point crucial, les auteurs affirment que « que le cône de rabattement du puits de pompage n’a pas atteint le puits d’observation [situé à 150 m du puits d’essai] ». Cette interprétation est passablement risquée. En effet le puits d’observation auquel on fait allusion, de leur aveu même, n’était muni d’aucun couvercle et son « trou de forage [était] probablement bouché (profondeur mesurée d’environ 3 mètres) ». Comment peut-on, pour répondre à la question fondamentale de l’effet à distance de prélèvements d’eau, s’appuyer sur une mesure effectuée à partir d’une installation vétuste, aux parois probablement encrassées, aux fissures colmatées et dont le volume est vraisemblablement partiellement rempli de résidus divers (pas de couvercle) et de racines (milieu forestier)? Dans un tel contexte en effet, on s’attend à une grande inertie d’un puits, sinon à une absence complète de réponse. D’où l’irrecevabilité de cette affirmation du rapport.

Enfin, les courbes de rabattement des essais de pompage ne montrent pas de véritable stabilisation, ce qui laisse entendre que, sur une période plus longue encore, le toit de la nappe pourrait s’abaisser graduellement.

C’est une chose que de mesurer le comportement d’un aquifère sur 72 heures en hiver; c’en est une autre de le faire sur une longue période, en été, après des mois de pompage intensif !

Références:

  1. L’eau de l’Île – L’eau sous nos pieds
  2. Englobe, Espace de Villégiature Huttopia, Construction d’un puits d’essai à Saint-François-de-l’Île-d’Orléans (Québec), Rapport d’étude hydrogéologique final révisé, 5 juin 2018. Le rapport a été déposé quelques jours avant les audiences de la CPTAQ tenues le 20 mars 2019.
  3. .Projet d’acquisition de connaissances sur les eaux souterraines du territoire de la Communauté métropolitaine de Québec (PACES-CMQ), Rapport final soumis par le Département de géologie et de génie géologique de l’Université Laval au ministère du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs (MDDEFP) dans le cadre du Programme d’acquisition de connaissances sur les eaux souterraines du Québec (PACES), mars 2013.

Un commentaire sur “L’eau de l’Île II – Nouvelle expertise, peu de réponses

  1. Bonjour.

    Si nos décideurs voyait l’exploitation de ce site (que je fréquente depuis quelques années) sous l’angle mixte de la profitabilité et de la préservation naturelle de ce site, toutes ces inquiétudes n’existeraient pas… du moins les impacts sociaux et environnementaux en seraient grandement réduits.

    Pourquoi ne pas donner tout simplement une vocation similaire à celle de la Réserve Nationale du Cap Tourmente, située juste en face sur la rive nord… quel bel arrimage cela serait !

    Établir un réseau de sentiers pédestres avec faible impact sur les lieux…Un prix d’entrée avec un contingent journalier afin de réguler le nombre de fréquentation… réservation obligatoire… ect… mettre en valeur seulement les sites de camping existants… … le fric (la rentabilité) pourrait être réinvestis dans des initiatives locales, et non, comme c’est si fréquent de nos jours, vers d’autres contrées.

    Allez, un peu d’imagination ! Laissons le pognon de coté pour une fois !

    Pensons long terme, et ce, pour nous immédiatement… ainsi que pour les générations à venir.

    Marc Trudel

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